Dispatches from Elsewhere

 La seule raison pour laquelle j’ai entendu parler de cette série c’est qu’elle est écrite, réalisée et jouée par Jason Segel et que je suis un grand fan de How i met your mother. Alors, que vaut cette nouvelle fiction au titre imprononçable et à l’affiche douteuse ? C’est ce que nous allons voir. 

Diffusion sur Amazon : juillet 2020 

Saison 1 : 10 x 42min 
Genre : Drame
Réalisation : Jason Segel
Casting : Jason Segel, André Benjamin, Eve Lindley
Nationalité U.S.A.
Chaîne d’origine AMC

Synopsis :

Quatre personnes que tout sépare vont se retrouver unies dans une mystérieuse aventure. Est-ce un jeu, une arnaque ou un complot ? L’issue de leur quête pourrait bien changer leur vie à tout jamais.

Critique :


Dispatches from Elsewhere
est une fiction basée sur le documentaire de Spencer Mc Call : The institute en 2013 qui racontait l’histoire réelle du « Jejune institute » à San Francisco en 2008, un ARG (jeu en réalité alterné) de l’artiste Jeff Hull qui aurait duré 3 ans et fait participer près de 10 000 joueurs. La série utilise les mécanismes du jeu comme base de départ de l’histoire et construit sa propre mythologie autour. Je préfère être franc avec vous, ce n’est pas la peine de commencer cette série si la seule chose qui vous inspire concerne le mystère autour du Jejune institute. La série répondra aux interrogations mais ce n’est clairement pas le sujet principal de l’oeuvre.

Cette série est donc la première réalisation de Jason Segel, un acteur rendu célèbre par la série How i


met your mother
mais qui a aussi tourné dans plusieurs films de Judd Appatow (je vous en parlais dans The King Of staten island ) et a écrit plusieurs scénarios (dont le très drôle Sans Sarah rien ne va). Si je prend le soin de préciser cela c’est que même si la sensibilité de Jason Segel est perceptible au travers de son personnage de Marshal, l’acteur est tout de même plus proche de la poésie d’un Apatow que de l’humour d’un How i met et c’est particulièrement perceptible dans Dispatches from Elsewhere.

Si je qualifie certains films de  « cinéma indépendant » sur le blog, je pourrais clairement dire qu’il s’agit ici d’une « série indépendante ». On pense à du Michel Gondry, du Wes Anderson, à des séries comme Maniac ou The OA (saison 2 en tout cas).  Dispatches from Elsewhere revendique sa différence et tente de repousser les frontières. C’est clairement une série Meta, le narrateur s’adressera directement au spectateur et les mécanismes de l’écriture seront décryptés là où une série classique essaye plutôt de les rendre invisible. Et surtout,  Dispatches from Elsewhere est une série poétique, qui n’hésite pas à prendre son temps pour nous permettre de nous attacher à ses personnages et son univers.

Au niveau de l’histoire, contre toute attente, on se retrouve avec quelque chose d’assez classique, Segel célèbre la vie et l’humanité. La série n’est pas toujours gai, on baigne dans une certaine mélancolie propre à ces personnages mal dans leur peau. On pourrait d’ailleurs dire que le propos de la série concerne la crise existentielle : qu’est-ce qui donne du sens à nos vies.

Visuellement, si c’est globalement classique, la série fourmille tout de même de petites idées de mise en scène (utilisation de dessins animés par exemple) qui donnent toute leur saveur à l’ensemble.

Niveau casting, on retrouve bien entendu Jason Segel dans un rôle quasi principal même s’il laisse

beaucoup de place aux autres personnages pour s’exprimer, la série se voulant plutôt chorale. Si les premiers épisodes peuvent laisser l’impression que l’acteur a choisit la simplicité avec un rôle de « Marshall dépressif », il n’en est rien et il se met vraiment à nu. L’autre excellente surprise du casting (oui, bon, ok, Jason Segel n’était pas une surprise) c’est Eve Lindley une actrice transgenre utilisée dans le rôle d’une jeune transgenre. Et la beauté et l’intelligence de ce personnage c’est de le traiter sans emphase, il pourrait tout a fait s’agir d’une femme comme une autre en proie avec sa peur de l’engagement. D’un point de vue social mais aussi par rapport au propos global, le choix de cette actrice est vraiment une bonne chose. Surtout c’est une fabuleuse actrice, très touchante et son couple avec Segel fait des étincelles. Ensuite, Sally Field (Maniac, Urgences, etc) offre son expérience dans un rôle très moderne de femme d’âge mur et André Benjamin (High-Life, Revolver, etc) dans celui plus complexe du personnage décalé et complotiste. Le quatuor est équilibré et on passe avec plaisir de l’un à l’autre chacun ayant ses propres traumas intéressants à suivre.

Dispatches from Elsewhere aura vraiment été pour moi une excellente surprise. Je peux tout a fait comprendre que tout le monde n’accroche pas car la série est finalement assez atypique et ne brosse pas le spectateur dans le sens du poil mais pour moi c’est une fiction importante d’un point de vue créatif et social. Plusieurs saisons sont prévus sur le principe de l’anthologie, j’imagine difficilement ce que ça pourra donner mais cette première saison pourrait tout à fait s’achever ici et vaut vraiment la peine d’être vue.

Conclusion :

Une série existentialiste rare, douce amère qui vous hantera pour longtemps. La saison 1 se suffit à elle même mais il y aura peut-être d’autres saisons sur le principe de l’anthologie. 

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