Digger
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Avec Birdman et The Revenant, Alejandro González Iñárritu a largement prouvé qu’il était un réalisateur aussi talentueux qu’exigeant. Autant dire que j’attendais son nouveau film avec impatience, d’autant que sa campagne promotionnelle, particulièrement atypique, avait fini de me convaincre. Il ne restait plus qu’à voir si le bonhomme allait tenir ses promesses. Spoiler : le derrick a explosé.
Digger est un milliardaire à la tête du principal empire pétrolier américain. Lorsqu’il provoque un désastre écologique susceptible de coûter la vie à des centaines de milliers de personnes, il n’a qu’une priorité : sauver sa peau. Avec l’aide du président des États-Unis, il va tout mettre en œuvre pour étouffer l’affaire et protéger ses intérêts. Quand les puissants souillent la planète, ce sont rarement eux qui passent la serpillière.
✔️ CE QUI VAUT LES HONNEURS DU COWBOY
- Tom Cruise et John Goodman en roue libre : les deux acteurs déploient une énergie folle et cabotinent avec un plaisir communicatif. Un spectacle à eux seuls
- Un scénario surprenant et engagé : derrière son apparente folie, le film s’attaque frontalement aux dérives du capitalisme et à l’impunité des puissants
- Une mise en scène réglée au cordeau : Iñárritu démontre une nouvelle fois sa maîtrise technique, avec une réalisation inventive, précise et d’une virtuosité redoutable
- Des retournements de situation qui relancent constamment la machine : le récit ne se contente pas de dérouler son programme et réserve plusieurs surprises
- Un film qui ose : dans sa forme comme dans son propos, Digger refuse les conventions et assume pleinement son goût pour l’excès
❌ CE QUI VAUT LE GOUDRON ET LES PLUMES
- Quelques longueurs dans les dialogues : certains discours s’étirent un peu trop, au risque de casser momentanément le rythme
- Une proposition qui ne plaira pas à tout le monde : le ton, les ruptures et certaines surprises narratives pourront déstabiliser les amateurs de récits plus conventionnels
🔫 VERDICT DU SHÉRIF
Comblé au-delà de mes espérances, j’ai vu Iñárritu transcender son sujet pour livrer une œuvre inclassable, portée par deux acteurs qui semblent prendre un plaisir immense à pousser leurs personnages dans leurs derniers retranchements. Tom Cruise et John Goodman cabotinent, s’affrontent et occupent l’écran avec une générosité qui fait partie intégrante du spectacle.
Mais derrière cette démesure se cache une charge féroce contre le capitalisme et ses ravages. Le film s’attaque à un système dans lequel les responsables des pires catastrophes peuvent compter sur leur fortune, leurs réseaux et leurs relations politiques pour échapper aux conséquences de leurs actes. La catastrophe humaine et écologique devient alors une simple variable d’ajustement dans une opération de communication.
C’est là que Digger frappe particulièrement fort. Iñárritu transforme l’horreur en spectacle, le grotesque en arme et le rire en mécanisme de défense. On rit de l’absurdité de ce qu’on voit, avant de réaliser que cette absurdité ressemble dangereusement à notre réalité. Une œuvre cathartique, une mise en abyme de notre époque, qui utilise la provocation pour nous forcer à regarder en face ce que nous préférerions ignorer.
Certes, quelques dialogues auraient gagné à être raccourcis, mais ce serait dommage de s’arrêter à ces petites réserves devant un film aussi audacieux. Digger ne cherche pas à rassurer son public : il veut le secouer, le faire rire jaune et lui rappeler que les puissants ont souvent beaucoup plus à perdre en réputation qu’en responsabilité.
👉 🤠 Iñárritu nous rappelle que les frasques des milliardaires ont un coût et que nous le paieront au prix fort
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