Jojo rabbit

Avec à peine un mois de retard j’ai enfin pu voir Jojo Rabbit que j’attendais beaucoup. Il est temps de voir si l’on peut encore rire intelligemment de la seconde guerre.

Date de sortie : 29 janvier 2020
Durée : 1h 48min
Genre : Guerre, Drame, Comédie
Réalisateur : Taika Waititi
Casting : Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson
Nationalité : Américain

Synopsis:

Fervent nazi de 10 ans, Jojo voit son monde s’effondrer le jour où il découvre que sa mère cache une jeune juive dans la maison. Avec le soutien de son ami imaginaire Adolf Hitler, il va devoir essayer de régler ce problème au mieux sans voir se retourner contre lui et sa mère les foudres du parti Nazi.

Critique :

Faire rire d’Hitler et du nazisme, voilà un challenge bien audacieux.
Bien sûr, ce n’est pas la première fois, Chaplin le faisait déjà très salutairement dès 1940 dans Le Dictateur mais c’était avant de découvrir toute l’horreur que cachait réellement le nazisme et qu’un mouchoir pudique se cache sur le sujet. Il y a quelques années, on pouvait trouver dans l’excellente série Lazy company une incarnation très fantaisiste de Hitler mais là encore dans un contexte pulp très particulier qui ne laissait aucun doute sur la nature du mal. Et dans les faits, il faut effectivement être très prudent sur ce sujet, il est sensible a raison de la démonstration à la dénonciation on peut glisser dangereusement vers la glorification dans ce que j’appellerais un effet « Scarface » faute d’avoir un vrai nom. Pour résumer je dirais qu’on peut rire de tout mais pas n’importe comment. La difficulté résidait donc ici dans le « n’importe comment » puisque la bande annonce promettait quelque chose de parfaitement loufoque.
Pas de tromperie sur ce point, Taika Waititi, que j’ai découvert avec Thor Ragnarok mais qui était déjà réputé pour Vampires en toute impunité (What we do in the shadows), n’a plus rien à prouver de ses talents de réalisateur de comédie. Là encore il nous livre une petite pépite hilarante et inventive. J’en veux pour témoin, le générique de début sur Komm gib mir deine Hand des Beatles pour voir à quel point ce réalisateur est talentueux. En quelques secondes est sans un mot, juste par un contraste saisissant, il met en scène le culte de la personnalité d’une façon que tout le monde peut comprendre ou au moins ressentir. Sur la forme le film fera énormément penser à un Wes Anderson, on ne retrouvera pas tous les gimmicks du réalisateur mais il aurait clairement pu réaliser un film très proche. A mes yeux c’est une qualité, j’ai vraiment passé un grand moment devant ce Jojo Rabbit. 
Que raconte le film ? Il traite tout simplement de l’endoctrinement de masse. A travers le regard simple d’un enfant de 10 ans l’on peut découvrir comment tout un peuple a pu sombrer dans la pire des idéologies sans se remettre en question. Ainsi, la présence d’Hitler même si elle est une ficelle humoristique permet de matérialiser combien cette idéologie peut s’ancrer dans les esprits, surtout les plus fragiles. L’histoire illustre aussi la folie de la guerre mais choisit de l’incarner par une folie réelle et visuelle plutôt que par un excès de violence. L’impact est tout aussi fort, moins vulgaire et plus accessible. 
Niveau casting, rien à redire, le jeune Roman Griffin est remarquable dans ce premier rôle. Il est drôle, émouvant et réussit a porter le film sur ses épaules tout du long. A ses côtés Thomasin McKenzie (Le roi, The Hobbit : la bataille des cinq armées, etc), plus expérimentée incarne le rôle assez complexe de la jeune juive avec beaucoup de sensibilité. Impossible de ne pas mentionner Scarlett Johansson (Captain America, le soldat de l’hiver, Her, Don jon, etc)dans un rôle léger et haut en couleur mais qui n’est pas sans une certaine gravité et surtout Taika Waititi dans le rôle d’Hitler himself, un choix audacieux vu le peu de ressemblance entre le réalisateur et le personnage mais qui fonctionne pourtant merveilleusement, on regrette même de ne pas le voir plus à l’écran (on le voit assez peu au final)
Dans l’ensemble vous l’aurez compris, je suis absolument séduit par ce nouveau film de Taika Waititi, avec un sujet particulièrement difficile il réussit à livrer un film frais, grand public et pourtant poignant. D’autres films ont déja parlé de la seconde guerre avec humour mais l’intérêt de celui-ci est de montrer l’envers du décors, comment le peuple allemand s’est laissé possédé par une idéologie morbide qui a conduit à tant d’horreurs. Une démonstration qui me semble parfaitement d’actualités quand on voit à quels points l’extrême droit peut séduire aujourd’hui encore.
A voir absolument, et pourquoi pas en famille.

Conclusion :

Un film brillant, drôle, subversif, inventif. Jojo vous fera passer par tout un tas d’émotion et permettra pour ceux qui ne l’on pas encore compris, de réaliser combien une idéologie comme le nazisme peut-être séduisante et combien il est facile de la laisser gagner.

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